Les soeurs du Christ Rédempteur
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1961 : arrivée des Soeurs à Tambaga (suite)...

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Les soeurs du Christ Rédempteur

3ème épisode

Nous sommes en 1961.
Quatre Soeurs de Rillé-Fougères viennent d’arriver pour la 1ère fois à Tambaga, à l’est du Burkina Faso, après un long voyage... Suite de leur récit :

L’hivernage : nos premiers contacts avec les tornades

À l’occasion de la fête du travail, les enfants avaient confectionné de jolis panneaux que le Père Ackermann avait soigneusement installés dans la Chapelle. Il se proposait de montrer la grandeur et la beauté du travail, quand une violente tornade emporte la toiture de la chapelle ; la pluie ruisselle à torrents. La violence du vent et de la pluie est telle qu’elle emmène sa voiture à plus de 500 mètres. Il faut se résigner à célébrer la Messe dans la petite pièce de terre battue qui s’appelle pompeusement la bibliothèque ! Les Pères devront réparer la toiture sous un soleil torride.

Ces pluies diluviennes rendent les pistes presque impraticables. Un certain dimanche, le Père qui assure la Messe à Diapaga n’a pas failli revenir ; il s’est embourbé, a perdu son bréviaire et est rentré à 7 heures du soir dans un état pitoyable, plein de boue, n’ayant rien pris depuis le matin (pour un Parisien d’origine, quel contraste !).
Il y a une quinzaine de jours, une autre tornade avait arrêté le Père Ackermann, en visite dans les concessions. Passer les marigots en crue n’est pas une solution de facilité ; au premier essai il s’embourbe, au second la situation s’aggrave. Il est prudent de prendre le seul parti qui convient souvent en Afrique : attendre ! Et il attend un jour et demi.

Touché de pitié, le chef du village lui offre l’hospitalité dans une case où il tient à honneur de lui servir à l’africaine le traditionnel sabou et même du café. Sous des dehors qui nous paraîtraient pour le moins étrange, cette hospitalité traduit une bienveillance toute prête pour porter bientôt le nom de charité chrétienne.

De juin à septembre, c’est la pleine saison d’hivernage avec les fameuses tornades : éclairs, tonnerre, grand vent qui soulève des nuages de poussière, pluie torrentielle. Ajoutez à cela une nuée d’insectes de tous genres (nos enfants s’en régalent), plus une armée de crapauds qui cherchent la fraîcheur au près des canaris. On en a chassé plus d’une cinquantaine l’autre jour. "Têtes de Bretons", ils sont revenus le lendemain...
Nous couchons toujours dehors, car il fait très lourd. Deux ou trois fois, nous nous sommes laissées surprendre par l’orage… Un violent tourbillon nous sert alors de réveille-matin, mais il est déjà trop tard et nous nous en tirons avec une bonne douche…

Du 6 au 15 juillet, nous allons faire notre première retraite annuelle en Afrique à Kantchari (157 km). Pendant 8 jours, nous vivons dans un silence complet avec le Seigneur. Quel bain de paix en Dieu !

Pour la clôture, violente tornade ! Le Père Lucas ne pourra venir nous chercher. De fait, il n’arrivera que dimanche 16 juillet.
Dans l’après-midi, nous prenons la route pour Tambaga. Sur 25 kms, nous passons trois marigots sans trop de difficultés ; en voici un quatrième qui roule une eau boueuse et déborde sur tous les environs. Le Père juge prudent de descendre, et après une expérience concluante, décide de rentrer à… Kantchari ! De bon matin, nous plions à nouveau bagages le lundi 17, et réintégrons la camionnette pour un nouvel essai ; hélas ! l’eau n’a baissé que de quelques centimètres. "Retournons à Kantchari, nous reviendrons ce soir" dit le Père. Dans la soirée, il décide d’attendre au lendemain.

Mais dans la nuit, nouvelle tornade ! Tant pis, il faut quand même essayer. Nous démarrons sur une piste très mauvaise qui devient bientôt une vraie rivière. Il faut stopper et entrer résolument dans ce bain de boue qui nous arrive à mi-jambes, sur au moins 300 mètres ! Une demi-heure d’attente !... Et nous filons en direction du fameux marigot ; après 12 kilomètres, nous y voilà, mais l’eau est encore à 70 centimètres !
Que faire ? Y placer des rondins de bois ? Le courant va les entraîner ! Si on y mettait de grosses pierres ?... Après 20 minutes de travail, la solution se révèle inopérante…, et pour la quatrième fois, il faut rebrousser chemin.

À Kantchari, on téléphone au Commandant de Diapaga pour demander du secours ; en l’absence du Commandant, c’est le Père Ackermann lui-même qui répond. Il vient justement à notre rencontre avec sa 2 CV. Il est sur les lieux bien avant nous, et éclate de rire en voyant notre allure de "terrassiers" "Il faut passer, dit-il au Père Lucas, fermons le moteur et poussons la voiture". Et nous voilà toutes les quatre avec les Pères et un Africain, dans le marigot : nous sommes trempées jusqu’à la ceinture ! Le Commandant, ayant appris notre embarras, vient lui-même nous chercher. Trois voitures sont maintenant à notre disposition ! À Diapaga, le Commandant nous conduit chez lui pour un rafraîchissement, puis une bonne omelette et une pintade un peu pimentée… Après quoi nous regagnons Tambaga…
Ce n’est pas trop tôt !

Extraits du Courrier Missionnaire, Rillé - Fougères, 1961

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Voir :
épisode 1
épisode 2
épisode 4