Les soeurs du Christ Rédempteur
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P. Guy Sionneau : la mystique de Anne Boivent

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Les soeurs du Christ Rédempteur


P. Sionneau et Sr Madeleine, Supérieure GénéraleLe 13 mars 2010, à la Maison-Mère de Rillé-Fougères,

le P. Guy Sionneau rencontre (pour la 2e fois) les Responsables des Associations qui gèrent aujourd’hui les oeuvres créées hier par les Sœurs du Christ Rédempteur : à savoir les Associations Le Parc (Sourds), Anne Boivent (Personnes âgées et handicapées), J-B Le Taillandier (Enseignement).

Thème choisi :

« Comment, aujourd’hui, aimer le monde tel qu’il est, à la manière de Anne Boivent, pétrie d’Evangile ? »

Voici des extraits de son intervention :

Pour poursuivre (votre) mission et vivre de la mystique d’Anne Boivent, pour garder son souffle dans les responsabilités qui sont les vôtres, je vous propose de jeter un regard sur notre monde dans sa folie, un « monde à l’envers », avant de nous tourner avec Anne Boivent vers la Croix de Jésus qui, dans sa folie d’amour, le remet « à l’endroit ».

1- FOLIE DU MONDE, OU LE MONDE A L’ENVERS :

Le P. Sionneau a d’abord décrit ce monde d’individualisme, de laïcisation, de dégénérescence de la religion qui est le nôtre aujourd’hui, victime - entre autres - de 3 accès de la folie :
- La contagion de la violence
- Les atteintes à la vie
- La séduction technique

C’est (a-t-il poursuivi) dans ce monde de puissance, d’invulnérabilité que vous, qui vous inspirez du souffle de Anne Boivent, vous avez à vivre de la folie de la Croix auprès des enfants sourds, des jeunes, des personnes handicapées, des personnes âgées. C’est dans ce monde tel qu’il est, que vous voulez vivre l’Evangile à la manière d’Anne Boivent.

13 mars 2010 à Rillé-Fougères
2- FOLIE DE LA CROIX, OU LE MONDE A L’ENDROIT :

Jésus a préparé ses disciples à le suivre sur un chemin qui va le conduire à sa Passion. Il est le Maître. Plusieurs textes de l’Evangile rappellent cette identité de destin entre le disciple et le Maître : « le serviteur n’est pas plus grand que le maître : s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi » (Jn 15,20).

Anne Boivent a perçu immédiatement cette nécessité d’emboîter le pas à la suite du Christ Serviteur. Ecoutons-la : « Etant obligée, à l’âge de quinze ans d’aller en condition, c’est dans cet état où j’ai été heureuse. Je me croyais un peu en rapport avec mon divin Sauveur qui est venu pour servir et non pour être servi… Ainsi c’est dans cette position si aimable à mon cœur que mon Dieu m’a fait connaître ma vocation » (Vie de Anne Boivent p.11).

Anne Boivent va marcher sur ce chemin du service, humblement, sans bruit, auprès des vieillards, auprès des pauvres « mes grands amis » comme elle aimait les appeler, auprès des malades, auprès des jeunes. Elle rejoint le Christ dans sa Passion qui s’est fait serviteur en lavant les pieds de ses disciples (Jn 13, 15) : « Vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns les autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné... ».

13 mars 2010 à Rillé-Fougères
A votre tour, de vous laisser rejoindre par le souffle d’Anne Boivent, celui du service du frère et du frère le plus petit à l’exemple de Jésus lui-même devenu le Frère étonnamment proche des petits au point de dire : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40.

A la suite de son Seigneur, Anne Boivent est entrée dans la « folie de la Croix » qui est : folie de l’amour, folie de la vie, folie de la faiblesse pour continuer à remettre le monde à l’endroit.

2-1 Folie de l’amour

S’il y a une logique de la violence, il y a une logique de l’amour, et sur la Croix, c’est elle qui a le dernier mot : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Une parole extrême de Jésus sur la croix, une parole de folie, une parole de juste, qui fait voler en éclat toutes les possibilités de répondre à la violence par la violence.

La Justice, la Bonté, la Miséricorde sont au cœur de la Bonne Nouvelle du Royaume : « Vous avez appris qu’il a été dit : « œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant » (Mt 5,38).

Ce chemin sera celui du dessaisissement de soi pour donner sa vie à la manière du Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis (Jn 10,11-18)

Quand Anne Boivent entend une voix intérieure dans son oraison qui lui dit : « On honore et on aime ma bonté, ma miséricorde et mes autres attributs ; mais ma Justice, on la craint et on ne l’aime pas » (Vie de Anne Boivent p.20), elle se laisse saisir totalement par ce Dieu qui est Amour ( 1 Jn 4, 8).
Désormais toute sa vie sera un déploiement de cette plénitude qui l’habite dans l’abandon à la Volonté de Dieu : « Seigneur, j’espère en vous ; vous êtes mon Dieu ; mon sort est entre vos mains » (Vie p.28).

Le P. Le Taillandier insistera sur cette attitude fondamentale de l’abandon d’A. Boivent, en faisant apparaître sa grande sensibilité aux peines, aux injustices et à la mauvaise foi du monde (Vie p.44). Elle saura se faire proche de tout homme blessé, laissé de côté pour l’aider à retrouver sa dignité.

13 mars 2010 à Rillé-Fougères 2-2 Folie de la vie

Jésus, source de la vie, est venu « pour que tous les hommes aient la vie et l’aient en abondance » (Jn 10,10). Il ne supporte pas que la vie de l’homme soit volontairement diminuée, écrasée, supprimée. Il prend parti pour les pauvres, les petits, les exclus, les insignifiants. Sur la Croix la vie est donnée à tous les hommes de tous les temps, de son côté transpercé (Jn 19,34). Nous sommes au sommet de l’amour : « Nul n’a de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13)

La fondatrice des Sœurs du Christ Rédempteur s’est radicalement engagée sur ce chemin. Tout au long de sa vie, elle a mené un vrai combat pour la vie, au nom de l’amour, dans la droite ligne de l’Evangile. Elle est elle-même, une « pauvre » de l’Evangile avec une foi simple et solide. Anne Boivent, accompagnée du P. Le Taillandier, est toute imprégnée de cette mystique évangélique au service de la vie.


2-3 Folie de la faiblesse

En ce monde, le savoir est puissance, l’avoir et le pouvoir aussi.
Anne Boivent se résumait tout entière dans ces sentiments qu’elle avait vivement imprimés dans son esprit et dans son cœur, écrit le P. LeTaillandier : « Je ne suis rien, je ne peux rien, je ne vaux rien ».

Quand il s’agit d’établir la Congrégation et d’en être la Supérieure, combien de fois a-t-elle dit à Dieu : « O mon Dieu, pourquoi avec-vous choisi une pauvre ignorante pour faire votre œuvre ?... » (Vie p.57). La faiblesse d’Anne Boivent s’inscrit totalement dans celle de Celui qui n’est plus rien sur la Croix…

C’est sur ce chemin « du rien » que le disciple est appelé à marcher. Sa puissance est dans sa faiblesse : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,9-10).

Tel fut le parcours d’Anne Boivent, vraie disciple de l’Evangile. Chemin de la vulnérabilité, de l’humilité, de la faiblesse, de l’abandon : « Son abandon à la conduite de Dieu était une conséquence nécessaire de la confiance qu’elle avait en Dieu » écrit le P. Le Taillandier (Vie p. 44).

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J’ai voulu seulement souligner quelques aspects importants d’une mystique qui a sa source dans la Passion du Christ, dans la Folie de la Croix qui est : folie de l’amour, de la vie et de la faiblesse. Une telle mystique est seule capable de remettre le monde à l’endroit. C’est celle des Béatitudes. Le Royaume appartient aux pauvres et aux petits, à ceux qui les défendent, à ceux qui font œuvre de justice et de paix, à ceux qui se font serviteurs de leurs frères.

Anne Boivent, qui avait pris le nom de Marie-Thérèse de la Croix, s’est engagée sans réserve sur ce chemin des Béatitudes et de la solidarité avec les plus petits de ses frères.
« Passionnés d’humanité, passeurs de vie », à travers vos Associations, il vous appartient de vous approprier cette mystique évangélique d’Anne Boivent, ce souffle originel, pour continuer votre aventure au cœur de l’humain. Anne Boivent, fondatrice de la Congrégation des Soeurs du Christ Rédempteur

P. Guy Sionneau c.p
13 mars 2010