Bernard, l’accordéoniste - poète

Bernard était connu à Fougères. Vous vous êtes peut-être arrêtés pour savourer ses airs d’accordéon, écouter ses poèmes sur le parking de la Douve les jours de marché ou dans les accueils de jour.

Bernard était connu à Fougères. Vous vous êtes peut-être arrêtés pour savourer ses airs d’accordéon, écouter les poèmes qu’il composait, sur le parking de la Douve les jours de marché ou dans les accueils de jour avec des copains. N’avait-il pas obtenu le prix d’or Froger-Ferron en 2018 (Cf. photo).

Remise de la Bouëze d'or à Bernard en 2018

Né en région parisienne, Bernard - décédé à 72 ans - a vécu mille métiers à travers toute la France, avant de se fixer à Fougères, il y a quelques années.

Sur la paroisse de Fougères, à certaines occasions, des bénévoles offrent des boîtes de gâteries aux personnes isolées. C’est dans ce cadre que j’ai pu le rencontrer, puis l’accompagner un peu pendant quelques mois. Dès les lendemains de notre 1re rencontre, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir ces SMS : « Quelqu’un pour m’écouter, chouette ! » « Je ne sais plus prier Marie, vous m’aiderez… »

Mais pendant une semaine, silence, plus d’appel. Que se passe-t-il ? En hâte, je me rends chez lui. Je sonne : pas de réponse. Je monte à l’étage et croise une personne qui déclare qu’elle ne l’a pas vu depuis une semaine. Ensemble, nous sonnons à nouveau et, comme nous n’avons pas de réponse, nous appelons les pompiers qui réussissent à pénétrer chez lui : ils ne peuvent que constater le décès ! Ayant moi-même des obsèques dans la famille, je ne pouvais être là pour son départ, mais la paroisse a bien pris en charge cet au-revoir qui a eu lieu au cimetière du Bon Pasteur de Fougères - l’équipe d’accompagnement des familles en deuil de Bonabry étant plus spécialement chargée des obsèques des personnes seules.

Ce témoignage lui fut rendu : « Sois assuré que notre fraternité t’accompagnera plus loin que ce jour et qu’à chaque Toussaint nous viendrons fleurir ta tombe et nous recueillir. Pour toi, l’amoureux de la poésie, étant donné que toi-même écrivais des poèmes, nous allons écouter quelques textes et l’hymne à l’amour de Saint Paul ». Voici un extrait d’un de ses poèmes, lu au cimetière, intitulé « La route de l’homme » : « Le chemin que l’homme, tout nu, avait pris en venant au monde et qu’il avait monté d’année en année jusqu’au milieu de sa vie, d’année en année, il le descendra pour revenir, tout nu, à son point de départ ! Peu à peu, il avait grandi, élevé sa taille au-dessus de la terre ; peu à peu, il rapetissera et vers terre se courbera. Un peu plus, chaque jour, il avait amassé dans sa mémoire toutes sortes de sciences ; elles s’échapperont de sa mémoire, chaque jour, un peu plus… Un jour avant tous ses jours, il avait passé de longs mois dans l’obscurité de sa mère à former ses os et sa chair et composer son corps d’homme ; un jour, après tous ses jours, il passera de longs mois dans l’obscurité de la terre à décomposer son corps d’homme et défaire sa chair et ses os. Un jour, avant tous ses jours, il était sorti de son père comme une petite graine ; un jour, après tous ses jours, il rentrera dans le Père des pères pour être engendré de nouveau à la vie éternelle ».

Participants au concours Prix Froger/Ferron

Combien j’ai été surprise à nouveau de retrouver - 2 mois après sa mort - sur un portable de la communauté (très peu utilisé) ces deux SMS qui m’ont fortement émue : « J’aimerais vous voir, ma porte est ouverte… » « Venez me voir, n’hésitez pas à venir ».

“Ce que je retiens de toi, Bernard, c’est l’amitié que tu offrais à tous ceux que tu rencontrais”.

Recueilli par Sr Gabrielle H., SCR, près de Sr Maria Baslé, SCR

Bernard avec sa bouëze d'or
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