Des racines et des voiles… à Rillé. Chap. 1

Souvenirs d’une petite pensionnaire

C’était autour des années 1950. Désireuse de faire la classe, je fus amenée par mes parents au Juvénat de Rillé à Fougères. J’y déposais mes valises…

Oui, nos voiles de religieuses se sont aujourd’hui envolés, mais l’histoire reste… Une sœur aînée, frôlant les 100 ans, vient de m’aider à remonter le fil du temps pour revisiter les lieux de mon adolescence à Rillé !

C’était autour des années 1950. Désireuse de faire la classe, je fus amenée par mes parents au Juvénat de Rillé à Fougères. C’est par une petite porte de l’actuel grand portail que j’ai commencé à découvrir l’enceinte de la maison-mère de Rillé :

Accueil, cordonnerie vers 1950

Sur ma gauche, un petit espace d’accueil jouxtant une pièce où une religieuse - j’appris plus tard qu’elle s’appelait Sœur Claire-Rosalie - recevait les pauvres de la rue de Rillé.

A la cordonnerie : Eugène et Sr Louis-Joseph

Puis, séparée par un escalier menant aux étages, une cordonnerie. C’est là, que par la suite, nos semelles râpées reprendraient fière allure.

Dans le prolongement, un grand bâtiment tout en pierre taillée appelé le Juvénat. J’y déposais donc mes valises. Des jeunes filles y étaient accueillies en pension dès l’âge de 11-12 ans pour s’instruire, tout en opérant un discernement pour la vie religieuse. « Ah ! tu vas être une petite bonne sœur sans coiffe » me glissa ma voisine, lors de mon départ de chez moi. Ce grand bâtiment, toujours là, est devenu une partie de l’actuel “Lycée Jean-Baptiste Le Taillandier, site Notre-Dame des Marais”.

Le bâtiment principal du Juvénat

S’y alignaient alors les classes allant de la sixième au brevet élémentaire pour l’enseignement, et d’autres salles pour apprendre des métiers plus manuels. Aux étages : les dortoirs, avec les habitudes plus ou moins spartiates de l’époque et quelquefois - il faut l’avouer - nos tentatives de détournements des consignes. Ainsi à l’heure de l’extinction des feux, nous savions, du moins quelques-unes comme moi, dissimuler une lampe de poche sous nos couvertures pour lire en cachette. Juxtaposé à ce grand bâtiment : un préau, refuge des jours de pluie où, en rangs 2 par 2, nos pieds de petites pensionnaires tels des claquettes rythmaient de vieilles chansons.

Nazareth

Toujours sur ce côté : un bâtiment plus petit abritait le premier Juvénat : Nazareth (Lazaret, aux origines, paraît-il). C’était maintenant le lieu du réfectoire et de la cuisine, surmonté d’un étage appelé infirmerie pour les petits bobos ou quelques épidémies demandant un isolement. Devant cet alignement de bâtiments, un grand champ de choux entouré d’une petite murette et planté d’arbres fruitiers où il nous arrivait de chiper quelques délicieuses pommes ou cerises, mais attention aux regards réprobateurs !

Il fallait bien nourrir tout ce petit monde (et d’ailleurs toute la population de la maison-mère), une ferme y pourvoyait : vaches, cochons, chevaux, couvées… tous s’y côtoyaient. Chacun manifestait sa présence selon son langage, et il faut bien le dire parfois par le cadeau de sa digestion. C’était pour nous une distraction familière de voir passer les ruminants lors de leur déambulation pour rejoindre la prairie de Rillé, située à proximité des carrières, au bout de la ruelle de Bémouche, là où les attendait l’herbe fraîche qui allait remplir leur estomac.

Je peux remercier tous les professeurs qui se sont investies pour me permettre d’avancer au large sur tous les plans. Je n’avais pas mesuré l’enjeu qui s’y jouait. Leur ténacité à me pousser au bout de mes ressources m’a permis de m’ouvrir sur un avenir où j’y ai été pleinement heureuse.

A suivre…

Sœur Marie-Françoise C., SCR, Rillé

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