Des racines et des voiles… à Rillé. Chap. 2

C’est avec persévérance et une certaine satisfaction que je continue à remonter le fil du temps pour revisiter les lieux de mon adolescence à Rillé…

Souvenirs d’une petite pensionnaire : suite…

A Rillé, à proximité du Juvénat où je poursuivais ma scolarité, il y avait aussi un chenil : un chien y logeait qui nous faisait un peu peur. On le libérait la nuit, pour surveiller le site de Rillé.

L’ère de l’automobile n’ayant pas encore atteint la colline, deux calèches étaient entreposées dans l’un des bâtiments de la ferme : l’une, digne de la cour du Roi d’Angleterre, servait pour les déplacements des Mères responsables, l’autre plus rustique allait chercher ou emmener des Sœurs et leurs malles à la gare. A côté était l’écurie, avec le cheval ; un certain monsieur Taupin avait l’honneur de commander l’attelage.

L’étable adjacente occupait une partie de la ferme, à l’emplacement de l’actuelle salle sainte Anne. La religieuse missionnée pour ce service était aidée de deux personnes de l’extérieur. Les vaches y donnaient du bon lait frais ; celui-ci bien écrémé et baratté fournissait du beurre, des cailles et du petit lait qui chatouillait nos papilles : grâce à lui, les soirs d’hiver, les châtaignes bouillies devenaient un repas de roi !

A l’arrière de la ferme, des cochons avalaient tous nos déchets sans laisser aucune pollution, et en retour nous approvisionnaient en produits de charcuterie. Pour ce faire, une boucherie attenante à la ferme, ses fenêtres étant bien grillagées pour éviter tout contact avec des prédateurs extérieurs, laissait entrevoir des quartiers de viande suspendus à de gros crochets. Et pour terminer la semaine, un boucher de Fougères y amenait les morceaux manquants.

Dans cette ferme, pas de grippe aviaire ! Les volailles de basse-cour y péroraient, caquetaient et jasaient avant de devenir de bons gros poulets.

Les oies auraient vite fait de nous becqueter les jarrets. Les lapins souvent transformés en pâté agrémentaient nos menus des jours de fête, de même que les gros dindons dont les gloussements s’arrêtaient naturellement à Noël.

Ne subissant pas de crise d’approvisionnement, une boulangerie nous fournissait de gros bons pains au levain de 5 ou 6 kilos. Certaines d’entre nous en ont gardé le goût depuis leur enfance ! 

Je ne peux que rendre grâces à Dieu de toute cette vie simple qui nous a fait grandir dans un décor de simplicité trop souvent absent à notre époque sophistiquée…

A suivre…

Sœur Marie-Françoise C., SCR, Rillé

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