Sœur Bernadette est allée faire causette avec Sœur Mélanie SAULNIER à la veille de fêter son centième anniversaire à la maison-mère de Rillé ! Elle nous partage quelques échos de ce moment fraternel :
Sœur Mélanie - née Marie-Joseph SAULNIER - va à grands pas vers ses 100 ans. Vous la reconnaissez sur ces photos n’est-ce-pas ? Au milieu des fleurs printanières, promesse d’abondance de fruits : “parabole” d’une vie si riche de beauté, de bonté et de service. « Les débuts de ma vie religieuse n’ont pas été faciles. Et puis on m’a envoyé à Chaudebœuf » ! Sœur Mélanie y a été heureuse et elle a trouvé le milieu et la manière qui lui ont permis d’offrir toutes les qualités qui ont orné sa vie, de 1948 à 1989.
Sr Bernadette : « Où êtes-vous née » ? Sr Mélanie : « A Landivy » Sr Bernadette : « Landivy… la Mayenne… Pontmain » Sr Mélanie : « Oh oui, Pontmain. On était encore « emmailloté » et on allait déjà à Pontmain ».
Une nombreuse famille qui n’a pas empêché sa joie et son épanouissement. Sœur Mélanie parle de sa famille avec tendresse : « Notre papa était très gai, il aimait nous taquiner. Infirme de guerre, il ne pouvait pas travailler. Alors c’est lui qui s’occupait de nous. Maman aussi était très bonne ».
A Chaudebœuf, Sœur Mélanie est d’abord envoyée dans le service qui accueille les hommes, mais à cause d’un problème de santé, on lui confie les jeunes garçons handicapés physiques et mentaux. Et ça devient comme une “seconde famille” :
- « Ils étaient très solidaires. Par exemple, dans les activités, ils n’aimaient pas le canevas. Un jour l’un d’eux coupe les canevas qui deviennent inutilisables. Le coupable ? Personne évidemment ! Une solidarité « à la vie, à la mort ». Pour l’entraide aussi. Selon les possibilités de chacun ».
- « Je me souviens d’un jeune : quand il recevait la visite de sa mère, le moment de la séparation était pénible. Alors ce garçon venait vers moi… Le réconfort et la joie de la maman sont inoubliables : elle partait, sûre que son enfant était accueilli comme un fils.
- Je ne grondais jamais. Ils étaient ma famille et ils s’invitaient quand j’avais de la visite. Il y avait toujours pour eux une friandise.
- Un autre jeune, bien malade, m’appelait : “Sœur Mélanie, j’ai soif”. Il courait vers la chapelle à l’appel de la cloche. Il est mort peu de temps après ».
Sr B. : « Et maintenant, pour vous c’est la retraite ? Vous aimez lire ? » Sr M. : « Oui, beaucoup… mais mes yeux ne sont plus très bons. Quand il y a deux lignes, j’en vois trois. Quand il y a une ligne, j’en vois deux !!! » Sr B. : « Et si quelqu’un venait vous faire un brin de lecture ? » Sr M. : « Oui, ça me ferait plaisir ».
Un long temps de silence et elle ajoute : « Mais vous savez, Il est toujours là, je suis avec Lui ». Et elle regarde la télé allumée qui envoie l’image de l’autel de la chapelle. Nous n’ajoutons plus rien. Je comprends qu’elle vit en présence de Celui qui est toujours là. Quel que soit le moyen… pour nous rejoindre !
Sœur Bernadette D., SCR, Fougères
