Ils sont nombreux les bienheureux…
Tous ceux qui ont, depuis des âges
Aimé sans cesse et de leur mieux
Autant leurs frères que leur Dieu.
L’Église ne peut oublier qu’elle est née et a grandi dans un contexte d’hostilité qui a coûté la vie à beaucoup de martyrs. Je voudrais en évoquer quelques-uns, des connus et des moins connus, pour ainsi élargir notre compréhension du martyr.
Jean-Baptiste fait la jonction entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Il ouvre la voie au Messie : « Voici l’Agneau de Dieu ». “Voix” annonciatrice du salut pour Israël, mais aussi “voix” qui condamne le pouvoir politique en place, il est victime de la cupidité libidineuse d’Hérode et de la haine vengeresse d’Hérodiade, tous deux se plaçant au-dessus de la Loi : « Il ne t’est pas permis… » Car le martyr est d’abord un témoin de l’absolu de Dieu devant ses frères.
Au XVIe siècle, Thomas More affronte Henri VIII qui, au nom de leur amitié, voudrait le voir approuver son dessin de séparation d’avec l’Église de Rome pour divorcer. Contre beaucoup de ses compatriotes, au risque de sa conscience, il déclare : « Je meurs, bon serviteur du roi, et de Dieu premièrement ».
Plus près de nous, en Autriche, Franz Jägerstätter s’élève seul contre l’annexion du pays par l’Allemagne nazie. Soutenu par son épouse sur qui on fait pression, il est emprisonné, torturé puis décapité en 1943. « Je suis convaincu qu’il vaut mieux dire la vérité, même si je dois le payer au prix de ma vie ». Pour cette intégrité exemplaire, Benoît XVI le béatifie : « Il a donné sa vie, la conscience honnête, en fidélité à l’Évangile et pour le respect de la personne humaine ».
Marcel Callo, « trop catholique », mourra d’épuisement. Dans le simulacre de son procès, il est noté que « Par son action catholique auprès de ses camarades du “Service du Travail obligatoire”, (il est) un danger pour l’État et le peuple allemands ».
Maximilien Kolbe prend la place d’un condamné et meurt témoin d’une fraternité indestructible : « Je suis prêtre catholique, je suis vieux, je veux prendre sa place ».
Anuarite Nengapeta, novice congolaise enlevée en 1964 par les rebelles Simba, refusa de se plier aux exigences perverses du capitaine Olombe et, après avoir été maltraitée d’une façon atroce, fut sauvagement assassinée.
Dieu a laissé une trace dans notre monde, mais elle n’est pas contraignante : l’Évangile nous inspire des valeurs qui sont devenues la base de nos sociétés ; mais elles sont fragiles car elles dépendent de notre conscience. Lire et relire l’Évangile est une nécessité pour nous afin de sauver de l’oubli tant de « martyrs » des dictatures modernes, d’être la voix de ceux que l’on fait taire.
