- Michelle, Claudine, vous êtes motivées par le souci d’entrer en relation avec les habitants de votre immeuble. Cette année vous avez eu recours à une idée assez originale, me semble-t-il. Pouvez-vous nous en dire quelque chose ?
En décembre, nous décorons le hall d’accueil de notre tour, avec les habitants, pour les fêtes de fin d’année. Cette fois, ce sera quoi ? Le déclic vient d’une carte qui nous donne à penser.
Nous cherchons quelque chose d’un peu neuf à faire ensemble. L’idée nous vient de Céline, artiste qui actuellement fabrique une œuvre sur le quartier. Ce sera à partir de nos mains.
C’est du lien entre la carte et les mains qu’est venue l’idée de faire un tableau participatif.
Dimanche 22 décembre en soirée, nous nous installons au bas de la tour avec feuilles de papier de différentes couleurs, crayons, ciseaux, colle… Quand les gens passent, enfants, jeunes, hommes, femmes, nous les interpelons et leur proposons de dessiner leur main sur une feuille, de la découper, d’écrire un message, dans la langue qu’ils veulent et d’ajouter leur pays.
- Comment cela a-t-il été reçu ?
D’abord, surprise d’apprendre qu’on a besoin d’eux. Après une courte explication, ils se mettent au travail dans un climat de bonne humeur. Les langues se délient.
« Je choisis bleu c’est ma couleur préférée » ;
« Y a longtemps qu’on a fait ça ! » ;
« Que faut-il écrire ? " ; « Vous mettez ce que vous voulez » ; « Et si je mets la guerre ? ; « Ça m’étonnerait que vous écriviez cela » ; « Vous me connaissez bien ».
Ahmed, afghan, prend son téléphone et traduit en français ce qu’il veut écrire.
Chacun termine son action et colle sa main sur un panneau déjà préparé.
- Qu’est-ce que cela a créé dans cet HLM ?
Ce temps d’activité a permis des échanges tout simples. Le mari de Thérésa tout en découpant sa main nous donne des nouvelles de sa femme qui est toujours à Mayotte avec ses enfants et qui a vécu le cyclone.
Tout cela a créé une ambiance très chaleureuse qui diffère des rencontres croisées, en courant. Ça donne un dynamisme à tout l’ensemble.
Dans la vie difficile actuelle du quartier, c’était un moment où la joie, la relation, la fierté, la vie rebondissaient.
Depuis plusieurs semaines que ce tableau est affiché au bas de la tour, rien n’a été abîmé.



