Des racines et des voiles… à Rillé. Chapitre 6

Le temps du Noviciat dans les années 1962.

Nos journées étaient rythmées par la prière : oraison, adoration eucharistique deux par deux à la chapelle, prière communautaire : laudes, office du milieu du jour, vêpres, complies.

Mère Jean-Baptiste

Notre aumônier - le Père Cheminant - nous initiait à la Bible. La Maîtresse des Novices - Mère Jean-Baptiste, puis Mère Marguerite - nous faisait entrer dans les exigences de la vie religieuse, en suivant pas à pas la vie et les conseils de nos Fondateurs. Nous méditions sur la Parole fondatrice entendue par Anne Boivent dans sa prière : « On honore et on aime ma bonté et mes autres attributs, mais ma Justice on la craint mais on ne l’aime pas ».

Nous apprenions que la Justice de Dieu n’est pas une justice qui punit, à la manière humaine. Elle est celle d’un Dieu qui aime chacun, qui ne demande qu’à le “justifier”, qui attend notre amour… On nous apprenait aussi à quoi nous engageraient les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance à la suite du Christ.

Ces années de Noviciat permettaient également une formation au chant et à l’harmonium, aux activités manuelles. Des travaux concrets jalonnaient nos journées :

Nos sabots !

Après le déjeuner, épluchage des légumes à la cave - en silence bien entendu - occasion de ruminer la Parole de Dieu et de prier ; cueillette au jardin des fruits et légumes suivant la saison. Pour ce faire, nous changions de vêtements : nos souliers emboitaient de gros sabots de bois et nous revêtions des tabliers couleur bleu foncé à rayures blanches avec des bouts de manches correspondants. Certains jours, travail au lavoir : espèce de grande piscine en ciment, entourée d’un rebord sur lequel un petit “carrosse” avec son battoir en bois attendait chacune. C’était surtout les draps qu’il fallait frotter à main nue et battre pour le rinçage.

A la fin de la 2e année, nous étions invitées devant le Conseil de la Congrégation - dans l’ancienne chambre d’Anne Boivent - à présenter notre requête : pouvoir faire nos vœux temporaires. Quelques remarques tombaient… Si nous étions admises, nous attendions avec émotion la grande cérémonie présidée par l’évêque où nos familles étaient invitées.

Sr M. Françoise C.

Une par une, nous nous engagions par les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Nous sortions de la chapelle la tête auréolée d’une couronne de fleurs blanches sur un voile noir qui remplaçait notre voile blanc de Novice. Nous étions maintenant Professes.

Une anecdote du Noviciat des plus drôles me revient. Nous allions à la procession de la Fête-Dieu de Fougères, qui regroupait toutes les paroisses de la ville. Un jour, un orage éclata, jugez vous-mêmes des dégâts sur nos coiffes amidonnées et imaginez quels guignols nous étions devenues !

Heureusement, mai 68 arriva bientôt et un Chapitre Général eu lieu : les coiffes diminuèrent peu à peu de longueur jusqu’au jour où elles s’envolèrent complètement, remplacées par un petit voile noir sur un liseré blanc.

Les coiffes diminuèrent peu à peu…

Sœur M. Françoise C., SCR, Rillé

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