La rencontre de deux cultures

Une diversité culturelle : témoignage de Sœur Juliette

En communauté à Fougères, nous sommes trois Françaises et moi l’Africaine. Quotidiennement, nos deux cultures se rencontrent et leurs différences sont visibles. Nos façons de penser, d’agir, nos attitudes et comportements sont empreints de cette différence. Arrêtons-nous à quelques exemples.

Collectivité et individualité.
La personne africaine n’est pas d’abord un « je », mais un « nous ». Elle existe à travers la communauté, le clan, la famille élargie. La culture française donne plus de place à l’individualité. La famille est nucléaire [1], ce qui donne à la personne plus de liberté, le groupe étant plus restreint.
Pour les festivités, l’approche est différente. En France, la famille nucléaire, parents, amis et connaissances suffisent. L’effectif prévu est précis, connu et respecté. En Afrique, non ! L’effectif même limité et connu, il faut s’attendre le jour de la fête à accueillir la plupart des membres de la famille élargie, les amis et leurs amis, les connaissances et leurs connaissances, et pourquoi pas une partie du quartier ou du village. Les festivités des vœux en congrégation, nous mettent à l’épreuve de ces différences. Comment concilier ces deux manières ? C’est notre réalité et notre défi !

Relation intergénérationnelle : le respect des aînés.
En Afrique, c’est un pilier fondamental de l’éducation. Il se transmet comme une vertu sacrée. Mais cette pratique peut être figée et basculer pour servir la hiérarchie, étouffer les individualités, justifier les inégalités. Cette hiérarchie intouchable devient alors oppressante.
Par contre cette notion dans la culture française est différente. La jeune Française, à peine sortie de l’adolescence, est autonome et ne dépend plus de ses parents. Elle peut contester, remettre en question ses parents sans être reniée. Ici, le respect me semble ne pas être une barrière à franchir, mais plutôt un dialogue, une dynamique vivante et responsable.

La différence culturelle ne s’arrête pas aux seuls aspects de la parole, des mœurs et coutumes. Nous recevons notre culture par l’éducation. Il n’y a ni mauvaise ni bonne culture, seulement une diversité culturelle.
Elle peut devenir une richesse, un trésor dans une vie communautaire qui se laisse transformer par l’Évangile et le charisme fondateur. Ainsi éclairée, elle est porteuse d’unité jusqu’à créer une nouvelle culture : accueillir l’autre comme un don, dans la simplicité de vie de Anne Boivent, elle qui a su incarner l’Évangile.
En communauté, chacune, Françaises ou Africaine, nous nous réajustons les unes aux autres pour une vraie communion dans le Christ Rédempteur qui fait notre unité.

Sœur Juliette Y., SCR

[1nucléaire : Famille étroite composée de la mère, du père et des enfants

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