Toc, toc ! J’ai à peine entendu sa voix me dire d’entrer. Elle était là, toute recroquevillée dans son fauteuil, comme rapetissée par la chaleur et la fatigue. Dès que je franchis le seuil, elle murmure : « Je suis au bout du rouleau… je vais vers le fond du trou… Je n’ai plus la force de vivre ».
Dans la pénombre de sa chambre, je distingue à peine son visage. J’ai du mal à la reconnaître. Elle ajoute : « Je ne sais pas ce que j’ai… Dans ma tête, ça tourne, ça tourne, je me fais des idées… Pourtant le personnel est gentil ». La canicule, l’isolement, la fatigue… tout semblait peser sur elle.
Peu à peu, la conversation change. Nous parlons de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses arrière-petits-enfants. Le fil de la vie se remet à circuler. Le temps passe, et je la vois se redresser doucement dans son fauteuil. Son visage s’éclaire, ses traits se détendent. Le sourire revient. Je la retrouve comme avant : vive, pimpante, presque rajeunie.
Je me demande ce qui a bien pu se passer en si peu de temps : une transformation silencieuse, presque miraculeuse. Alors je lui dis : « Vous me permettez de vous dire quelque chose ? Quand je suis arrivée, votre moral était à zéro. Vous étiez collée à votre fauteuil, et je voyais à peine votre petit nez dans l’ombre. Et maintenant, vous voilà avec votre sourire retrouvé, votre beau visage de personne qui marche vers ses 100 ans ». Nous avons ri.
Cette visite m’a rappelé combien une présence, même simple, peut rallumer une lumière qu’on croyait éteinte. Dans la fournaise de la canicule, dans l’ombre d’une chambre trop silencieuse, elle s’était laissée glisser vers le découragement.
Comme si le rire avait été pour elle une petite victoire sur la chaleur, la solitude, la fatigue. Au moment de partir, elle m’a glissé, avec un sourire presque malicieux : « Surtout revenez… nous avons ri, et ça m’a fait du bien ».
