Depuis le IVe siècle, on connait la fête solennelle de l’Épiphanie, devenue une fête populaire souvent sans rapport avec la fête religieuse : « tirer les rois », c’est le prolongement de Noël et des réjouissances de fin d’année. Mais qu’en disent véritablement les chrétiens ?
Nous connaissons cet événement par le seul évangile de Matthieu qui nous raconte la venue des Mages au moment de la naissance de Jésus. Arrêtons-nous à la signification des mots.
Épiphanie signifie manifestation, théophanie disent les orthodoxes : dans l’enfant de Bethléem, c’est Dieu lui-même qui se manifeste. Et sa manifestation atteint tout l’univers.
Mais qui sont ces mages et d’où viennent-ils ? De l’Orient, nous dit Matthieu, de très loin donc. Ce sont des savants, des sages : astronautes-philosophes, chercheurs de signes, ils marchent, la tête dans les étoiles, guettant le signe annonciateur de la naissance d’un roi. Ils viennent d’ailleurs, d’une autre région, d’une autre religion, d’une autre culture. Capables de quitter leur particularité pour aller vers l’inconnu.
Après Noël, l’Épiphanie joue comme dans un miroir inversé :
- A Noël, c’est la pauvreté, le dénuement, l’impuissance de l’enfant. Fraicheur des chants des anges, ravissement joyeux des bergers, rencontre du ciel et de la terre, accomplissement des promesses « depuis les temps anciens ».
- A l’Épiphanie c’est le monde de la puissance et de la richesse, l’audace, le dépaysement des mages que l’humble étable de Bethléem ne rebute pas. Fidèles à leur étoile, ils adorent l’enfant et l’honorent comme un roi. Sagesse du cœur, au-delà des apparences.
L’Épiphanie, c’est aussi « le premier lieu de l’œcuménisme ». Deux mondes se rencontrent, juif et non juif, chacun appelé à chanter, à louer, à adorer selon sa propre culture ce Dieu qui nous fait signe dans nos différences mêmes.
Si seulement, aujourd’hui, l’Épiphanie était une fête qui nous orientait vers le dépassement de nos particularités, sans discrimination, fête de la fraternité pour les guetteurs d’étoiles, loin de tous les particularismes, les dogmatismes, de tous ces « ismes » qui engendrent la violence ! L’unique bonne nouvelle, c’est que Dieu a choisi de s’approcher de nous tous.
Mais déjà, l’ombre de la croix se profile en la personne d’Hérode. Il dévoile son vrai visage de tyran en voulant éliminer ce qui ne représente encore aucun danger, les Saints Innocents. Jésus aussi connaîtra et subira la violence des hommes.
* Tryptique de la Nativité vers 1444-1450. Ce volet droit représente l’apparition de l’enfant Jésus aux Rois Mages.
