Un regard critique sur ’’notre’’ vie religieuse

Maitresse du postulat pendant 13 ans, Sr Juliette se voit confier une mission auprès des sœurs âgées. Elle nous dit comment elle perçoit et vit ce passage.

Arrivée le 18 janvier 2026 en France, je vous partage mon regard sur la vie religieuse au Burkina et en France, plus précisément à Rillé au sein de l’EHPAD à la maison-mère.

Ma perception de la vie religieuse au Burkina et à Rillé

Sr Juliette au service d’une sœur aînée

Dès les premiers moments de mon séjour, j’ai vécu un réel chamboulement. Je suis à mon quatrième voyage en France, les trois autres étant des visites de courte durée, mais ce dernier serait plus long et en vue d’une mission.
Ma première impression a été de voir l’effectif des sœurs en baisse, et que la plupart de celles qui sont encore là ont pris beaucoup d’âge. Pour moi ce fut bouleversant.

La vie religieuse au Burkina est jeune, vivante, dynamique, belle, créatrice, innovante. Elle apporte à la jeunesse formation humaine, spirituelle, professionnelle, religieuse. Elle a une grande ouverture vers l’autonomie structurelle, financière et sociale. Elle est pleine d’espérance.
Cependant elle connaît un certain relâchement sous l’influence des technologies de communication, une incompréhension et des difficultés de l’obéissance face à des abus d’autorité, une vie religieuse qui peut être vue comme une carrière professionnelle…

A Rillé, à l’EHPAD (la seule communauté religieuse que j’ai côtoyée), la vie religieuse, comme me le partageait une sœur, a vieilli. Je suis d’accord. Il me semble qu’elle s’est installée dans une forme de monotonie, routine. Elle n’est pas attrayante. La liturgie reste sobre, sans innovation, sans créativité. En carême par exemple, pas de chemin de croix communautairement, ce qui a choqué ma foi de religieuse burkinabè. Vivre la messe, le chapelet, l’adoration à la télévision, par le virtuel, a été éprouvant pour moi.
La rareté d’activités apostoliques, sociales en dehors de la maison, due à l’âge et au handicap, engendre un certain repli. C’est ce que j’ai ressenti.

Avec les résidents de l’EHPAD de Rillé

Mais la réalité du monde est très présente dans la prière des sœurs aînées.
Vraiment j’ai perçu cet aspect de leur vie de foi : la foi, la vie religieuse sont dénudées d’accessoires, de dévotions dont nous avons besoin pour entretenir notre vie de foi au Burkina. Ici, on va à l’essentiel, à l’utile, à la foi toute nue. On le perçoit bien quand on échange avec les sœurs, à travers le témoignage, la simplicité de vie.
Et ce témoignage se communique jusqu’au personnel de la maison. C’est fort, cela interpelle vivement ma foi, ma vie religieuse.

Un autre article suivra pour un partage sur l’interculturalité.

Sr Juliette Yaknaba, SCR, Burkinabè

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