Nous étions 7 personnes venues de la frontière belge la veille, pour chercher le Père Hamel pour ses vacances.
Le lendemain matin 26 juillet 2016, nous l’avons laissé aller célébrer sa messe, quand, tout à coup, mon téléphone a sonné : « Allo, Madame, pouvez-vous me certifier l’info comme quoi il y a un attentat en cours ». « C’est une blague », ai-je répondu.
Mais ça me travaillait.
Je décide d’aller à l’église, mais je suis arrêtée et enfermée deux heures dans la cour des Pompes Funèbres. Un employé des P. F. annonce : « Bon, voilà, une personne va aller à l’hôpital et une autre est morte : c’est votre frère ».
Je hurle : ma fille tente de m’arrêter, mais je continue.
On nous a conseillé de consulter un psy ; ça nous a aidés pour gérer les obsèques. L’évêque nous a demandé s’il y avait de la haine. Nous n’avions pas ressenti de haine. Ensuite, chacun est rentré chez soi et a géré comme il pouvait. Pour moi c’était : quelle énergie trouver, comment tenir debout ? J’avais 76 ans !
Pendant des mois, je conversais avec Dieu : « Où étais-tu ce jour-là ? » fut le genre de questions que je posais à Jésus et à Dieu. Je cherchais une issue. Je pensais aussi à Marie et lui demandais la grâce de marcher à la suite de mon frère et de son Fils.
Et je me suis mise à demander : « Mon Dieu, dites-moi qui peut souffrir plus que moi ? ». C’est alors que j’ai pensé à la mère de celui qui a tué mon frère. Grâce à une relation commune, j’ai pu la rencontrer après plusieurs appels téléphoniques.
L’évêque m’a accompagnée lors de notre 1re rencontre. Nassera (la maman de l’assassin) ouvre grande la porte et ouvre grands ses bras : « J’ai un nœud qui me serre la gorge et je vous demande pardon, pardon », dit-elle.
Je lui ai dit : Je ne suis pas venue chercher un pardon, je suis venue vous proposer de gérer ensemble notre douleur !"
Elle a raconté la galère vécue avec son fils et sa douleur.
Je vais la voir chaque fois que je vais à St Étienne du Rouvray pour échanger, partager le Ramadan.
Roseline et Nassera ont écrit ensemble le livre : « Sœurs de Douleur ».
