« Et il dit à l’adresse de certains qui se fiaient sur eux-mêmes de ce qu’ils étaient justes » (Luc 18,11). D’après le chapitre précédent, le texte, bien ciblé, s’adresse aux pharisiens. Aussi, nous regarderons simplement ce qui est dit du pharisien.
« Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui-même ». Remarque importante : sa prière est dirigée vers lui, bien qu’adressée à Dieu, et révèle que ce n’est pas l’amour de Dieu qui l’habite, mais le souci de lui-même.
Il rend grâce, ou plus exactement, il dit qu’il rend grâce. Il se pose comme sujet de tous les verbes : il est tellement parfait que Dieu, devant lui, se trouve réduit à l‘état de complément. Et il rend grâce, non pas de ce qu’il est, mais de ce qu’il n’est pas ! Ainsi, il se distingue du reste des hommes qui sont « rapaces, injustes, adultères » et enfreignent la justice.
Mais il se distingue encore de quelqu’un de singulier, vers lequel il pointe le regard : « … ou même comme le publicain que voici ».
Notre pharisien poursuit sa prière pour enfin dire sur lui-même quelque chose de positif : « Je jeûne deux fois… je paie la dîme… ». Non seulement on ne peut pas le prendre en défaut par rapport à une règle, mais encore il en rajoute. Ce Pharisien, au sens le plus simple du mot, c’est quelqu’un qui se distingue. Pharisien signifie donc celui qui se sépare.
« Celui-ci (le Publicain) descendit justifié dans sa maison, à la différence de celui-là » (Luc 18,14).
Le changement est donc advenu à l’intérieur même de cette prière, dans la manière de prier. C’est en priant que le Pharisien a perdu la justice qu’il avait peut-être (pourquoi pas ?).
Bien que sa sincérité ne soit pas à mettre en cause, un élément de sa prière est cependant inacceptable aux yeux de Dieu : le regard méprisant qu’il porte sur ce publicain et sur les pécheurs qu’il représente ne peut être agréé de Dieu.
Le tort du pharisien, c’est d’être un juste qui s’élève lui-même et condamne les autres créatures, alors que Dieu accueille gracieusement même le pécheur.
Notre parabole proclame la miséricorde comme loi fondamentale du monde de Dieu.
