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L’amour de Dieu et du prochain est-il possible ?

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1re partie

Soeur Marie Edith de la Croix, SCREn ce temps de carême, l’Eglise, par ses pasteurs, ne cesse de rappeler l’exigence de l’amour que tous sont invités à manifester à l’égard de Dieu et du prochain. Vu la nécessité d’une telle exigence, j’ai choisi de vous proposer une réflexion philosophique sur la problématique de l’amour de Dieu et du prochain que j’ai intitulée : L’amour de Dieu et du prochain est-il possible ? Ne pouvant me juger digne de répondre avec certitude à une telle question, je me mets volontiers à l’école d’Emmanuel Kant (philosophe allemand du XVIIIe siècle) qui, dans deux de ses ouvrages (« Critique de la raison pratique » et « Métaphysique des mœurs », T.2), nous donne des éléments de réponse à partir de l’impératif biblique : « Aime Dieu par-dessus tout et ton prochain comme toi-même »1, (Luc, 10, 27).

Kant affirme : « L’amour est une affaire de sensation, non de vouloir, et je ne peux aimer parce que je le veux, mais encore moins parce que je le dois (ce qui signifierait être forcé à l’amour) ; par conséquent, un devoir d’aimer est une absurdité »2. En fait, selon Kant, l’amour ne saurait être un devoir dans la mesure où « tout devoir constitue une contrainte, même si ce devait être une contrainte exercée sur soi-même d’après une loi. Or, ce qu’on fait par contrainte, cela ne s’accomplit pas par amour »3. L’amour n’étant pas un devoir ni un vouloir, comment comprendre le commandement biblique qui commande d’aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme soi-même ?

Ce commandement exige, selon les propos de Kant « le respect pour une loi qui commande l’amour et n’abandonne pas au bon plaisir le soin de s’en faire un principe »4. À quoi il convient de se poser la question de la possibilité ou non de l’amour de Dieu et du prochain. L’amour, comme l’a souligné Kant, est une affaire de sensation donc d’inclination naturelle. Conscient de cela, Kant n’hésite pas à affirmer en ces termes : « L’amour de Dieu est impossible comme inclination (amour pathologique), Dieu n’étant pas un objet des sens »5.

Approfondir la Parole de DieuCela peut nous paraître étrange d’entendre qu’il est impossible d’aimer Dieu, mais cela ne saurait nous décourager dans notre élan de foi, d’autant plus que Kant, dans son analyse ajoute, comme pour nous réconforter, qu’ « aimer Dieu signifie (…) accomplir volontiers ses commandements »6. Voilà donc un enseignement plein de sens pour nous qui prétendons aimer Dieu. Si nous nous attelons à redécouvrir les commandements de Dieu consignés dans les Saintes Écritures et aussi dans nos cœurs, si nous nous engageons sur la voie du respect et de l’accomplissement joyeux de ces commandements, nous aurons, pour ainsi dire, gravi la haute montagne qui nous place sur la voie du parfait amour de Dieu, puisque cette voie, tout en nous purifiant de notre tendance pathologique d’aimer, nous conduira à l’amour du prochain. « Rien n’honore plus Dieu que le respect de son commandement, l’observation du devoir sacré que sa loi nous impose »7.

Après avoir noté que l’amour de Dieu est impossible comme inclination, Kant en vient à l’affirmation selon laquelle « l’amour pour les hommes est possible (…) mais ne peut faire l’objet d’un ordre 8 ; car il n’est au pouvoir d’aucun homme d’aimer quelqu’un uniquement par ordre ». Aussi explique-t-il qu’ « aimer son prochain, signifie pratiquer volontiers tous ses devoirs à son égard »9. Quels sont donc ces devoirs auxquels tout un chacun est redevable à son prochain ? Avec Kant, nous répondrons ultérieurement à cette question dans un autre article si possible.

Sœur Marie Edith de la Croix, SCR, aux études à Abidjan.
Abidjan, le 12 mars 2020.

1 KANT Emmanuel, Critique de la raison pratique, trad. par J. Gibelin, Paris, J. VRIN, 1965, p. 95
2 KANT Emmanuel, Métaphysique des moeurs II. Doctrine du droit. Doctrine de la vertu, trad. par Alain RENAUT, Paris, Flammarion, 1994, p. 246
3 Ibidem, p. 246
4 KANT Emmanuel, Critique de la raison pratique, Op cit., p. 95
5 Ibidem, p.95
6 Ibidem, p. 96
7 Ibidem, p. 145
8 Ibid, p. 95
9 Ibid, p. 96

Bibliographie sélective :
1- KANT Emmanuel, Critique de la raison pratique, trad. par J. Gibelin, Paris, J. VRIN, 1965, 184 pages.
2- KANT Emmanuel, Métaphysique des mœurs II. Doctrine du droit. Doctrine de la vertu, trad. par Alain RENAUT, Paris, Flammarion, 1994, 411 pages.

-  Suite : 2e volet de l’article